Capitalism : A Love Story

Regards croisés sur l'économie a été convié à assister à une projection en avant-première du dernier film de Michael Moore, "Capitalism : A Love Story", qui sortira en salles le 25 novembre.

Aller voir un film de Michael Moore est devenu quelque chose dont on a maintenant l'habitude. On se demande quel sujet va traiter son documentaire cette fois-ci, et on s'assoit dans son fauteuil, prêt à savourer une critique bien léchée de la société américaine. On se conforte alors dans notre vision pessimiste du système américain, et on est rassurés d'en avoir la preuve.

Cette fois-ci, Michael Moore s'en prend au capitalisme. Vaste sujet mais inévitable en cette période de crise. Il traite donc principalement des subprimes et de Wall Street, en insistant sur le fossé grandissant entre riches et pauvres, sur fond de disparition de la classe moyenne. Plusieurs sujets en lien avec le capitalisme sont abordés et les révélations sont souvent marquantes. Du salaire des pilotes de ligne extrêmement bas qui les force à avoir un autre emploi, à la collusion entre les grandes entreprises américaines (Goldman Sachs en particulier) et les dirigeants politiques, en passant par les procédures d'exclusion des personnes dans l’incapacité de rembourser leur emprunt… C'est avec cette qualité qu'on lui connaît que Michael Moore déniche témoignages et documents compromettants qui nous font prendre conscience de l'ampleur de l'empire de l'argent, qu'on ne faisait que soupçonner.

Son goût pour les images chocs, notamment des extraits de publicités ou d'émissions américaines des Trente Glorieuses donnent un rythme soutenu au film et on ne voit pas passer les deux heures devant l'écran. Les chiffres chocs abondent aussi ; les salaires ou le montant des prêts consentis aux plus riches marquent les esprits. On en sort avec le sentiment désagréable de se faire tirer les ficelles à tout moment. Il semble toutefois que Michael Moore tire un peu sur la corde en imposant une vision légèrement simpliste de certains événements. Il élude par exemple la multiplicité des causes qui sont à l'origine de la croissance (ou non) de l'économie américaine. L'affaiblissement de l'Allemagne et du Japon n'est pas la seule cause des Trente Glorieuses, tout comme la politique de Reagan dans les années 1980 n'est pas seule responsable du ralentissement économique. Il est dommage que quelqu'un d'aussi intelligent, et qui revendique de surcroît la transparence à tous les niveaux, fasse parfois de tels raccourcis pour mieux frapper l'opinion.

Mais Michael Moore n'en a pas pour autant perdu son talent, ni son humour, comme il le montre dès la scène d'ouverture qui compare l'empire romain à la société américaine pour notre plus grand plaisir. Le ton grinçant du premier quart d'heure fait place à un enchaînement de reportages. On regrette que Michael Moore ne puisse plus piéger ses interlocuteurs, maintenant qu'il est devenu mondialement connu. On sent donc un léger essoufflement, dont il a l'air lui-même conscient. La bataille est trop difficile pour un seul homme.

Heureusement, Barack Obama est là. Alors que George Bush reste la cible favorite du cinéaste, le nouveau président est présenté comme un messie. C'en est surprenant de la part de Michael Moore que l'on a l'habitude de voir dans le sarcasme. Obama marque-t-il la fin de l'ère Moore ? Peu probable…

Par Sarah le 27 octobre, 2009 - 11:06

peut-on jouir du capitalisme

je vais le voir, après avoir lu le dernier bouquin de Miranda, excellent et qui s'appelle justement PEUT-ON JOUIR DU CAPITALISME ?

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