Regards croisés sur l’économie

Le Brexit aura-t-il lieu ?

dimanche 3 juillet 2016, par Julien Bouvet

Depuis le résultat du 24 juin 2016 le Brexit devient d’heure en heure de moins en moins probable. Comment expliquer qu’en si peu de temps la décision du peuple britannique qui apparaissait comme irrévocable a désormais de sérieuses chances de ne jamais être appliquée ? [1]

La campagne du Leave avait fondé une grande partie de ses arguments sur le fait que l’Europe serait conciliante car elle aurait tout à perdre à se fermer au commerce britannique. Une réaction négative des marchés était attendue ainsi qu’une certaine tension politique. Ce qui est certain cependant c’est que personne n’avait anticipé une réaction aussi violente et une instabilité aussi rapide du Royaume-Uni. Même la créativité débordante du camp du Remain pour annoncer la catastrophe d’un Brexit n’avait pas su imaginer les événements auxquels nous assistons aujourd’hui.

Le camp du Leave découvre avec surprise une Union Européenne résolument vindicative et revancharde, ce à quoi, nous en conviendrons facilement, elle ne nous avait pas habitués. Avec la possibilité d’une dissolution du Royaume-Uni par le départ de l’Écosse toujours plus probable, par la réunification de l’Irlande, et par la perte de Gibraltar, le mensonge de Farage avoué moins d’une journée après la victoire du Leave, la déroute du parti travailliste, la violente réaction des marchés financiers et l’embourbement économique qui s’annoncent durables, à quoi il faut encore ajouter le bruit médiatique de la pétition déposée devant le parlement, les Britanniques comprennent aujourd’hui avec stupeur que rien ne se passe comme prévu. Tout laisse croire que David Cameron en démissionnant vient de piéger Boris Johnson, que le prochain Premier Ministre britannique sera élu sur la promesse de ne pas recourir à l’article 50 du traité et qu’en extrême mesure, une dissolution du parlement britannique pourrait avant le mois d’août servir de second referendum pour donner une légitimité au refus du Brexit par la Chambre des Communes.

Le referendum sur le Brexit était une promesse de campagne que David Cameron avait lancée à la légère afin d’obtenir les voix eurosceptiques et d’être reconduit à la tête du Royaume-Uni. Il a été contraint malgré lui de l’organiser mais sans penser prendre un gros risque car il y a un an encore, tout le monde pensait la victoire du Leave improbable.

Le principal adversaire de David Cameron est l’ancien maire de Londres Boris Johnson. Ce dernier est un européen convaincu. Son calcul politique était de faire campagne pour un combat perdu d’avance ce qui lui permettait d’exister médiatiquement face à David Cameron, de récupérer contre lui tout l’électorat eurosceptique et être finalement élu Premier Ministre du Royaume-Uni aux élections suivantes. En démissionnant David Cameron vient de porter Boris Johnson dans une position intenable et a tué ses chances de devenir Premier Ministre.

Johnson propose désormais un Brexit a minima, comprenez qu’en définitive tout restera comme avant. Cependant, sa proposition n’a aucune chance d’être acceptée face à une Union Européenne qui se sait en position de force et n’est que trop heureuse d’anéantir enfin l’influence britannique contre l’intégration européenne.

Le vote du 23 juin aura plusieurs conséquences.

En France, la victoire du Brexit est une catastrophe pour le Front National (même s’ils ne l’ont sans doute pas encore compris).

Soit le Brexit a lieu et l’instabilité politique et économique du Royaume-Uni empire d’année en année face à une Europe prête à ne faire aucun cadeau à Londres. Alors Marine le Pen pourra difficilement défendre les vertus d’une sortie de l’Union Européenne. Comment prétendre que la France très intégrée à l’Union sortirait grandit d’un Frexit alors que la deuxième économie européenne qui n’avait même pas adopté la monnaie commune subit une profonde récession ?

Si le Brexit n’a pas lieu, et qu’il est rejeté après dissolution du parlement par l’élection d’une nouvelle majorité favorable à l’Union, cela signifiera que même la deuxième économie de l’Europe n’a pas été capable quitter l’Union car à choisir entre l’Europe et le suicide elle préféra encore l’Europe. Comment expliquer que la France, elle, arriverait à quitter l’Union ?

En vérité mieux aurait valu pour Marine le Pen que le Remain l’emporte, elle aurait pu alors claironner qu’un nombre toujours grandissant d’Européens veulent le retour aux frontières. Si le Brexit avait perdu d’un fil, seize millions de britanniques auraient voulu le leave ce qui aurait déjà été inédit et encourageant pour les eurosceptique.

Que peut-on désormais attendre de l’Union Européenne ? L’influence du Royaume-Uni y est durablement diminuée. L’accord arraché par Cameron est annulé. Plus jamais le Royaume-Uni ne sera capable de menacer de quitter l’Union que le Brexit ait lieu ou non. S’il a lieu, la question ne se pose plus, s’il n’a pas lieu, la menace n’aura plus aucune crédibilité. Le 24 juin 2016 est un coup violent porté à l’influence politique britannique en Europe. Le scénario sans doute le plus probable est un retour du processus d’intégration mais cette fois-ci à plusieurs vitesses. C’est déjà le cas, mais le phénomène risque d’être exacerbé. Angela Merkel vient de perdre son allié libéral, désormais on peut s’attendre à un nouveau jeu d’influence en Europe.

Finalement la conséquence inattendue du referendum sur le Brexit sera peut-être une revitalisation du projet européen.


[1Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la ligne éditoriale de Regards croisés sur l’économie

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