Regards croisés sur l’économie

L’économie au secours du politique ?

Editorial du numéro RCE à paraître !

lundi 18 juillet 2016, par La rédaction

La politique a-t-elle besoin d’économie ? Cette dernière semble en tous cas omniprésente dans les processus de décision et les manières de gouverner. L’usage des logiques d’évaluation et de gestion ainsi que des calculs coûts / bénéfices se développent dans l’administration tandis que les résultats des gouvernements s’apprécient de plus en plus aux effets de leurs choix en matière économique.

Dans un contexte où le personnel comme les idées politiques peinent à se réinventer et connaissent une crise de légitimité, certaines théories économiques un peu schématiques semblent directement ainsi tenir lieu de programme idéologique, qu’elles soient validées empiriquement ou non. Ici l’économiste rappelle, sans être toujours entendu, la nécessité de prendre de la distance avec ses hypothèses. Ces dernières ne valent qu’en tant qu’elles permettent d’expliquer le monde qui nous entoure, et les solutions qu’elles donnent ne sont que des options contestables parmi lesquelles le pouvoir politique doit trancher.

En elle-même, et en raison des hypothèses sur lesquelles elle repose, la science économique n’est jamais a-politique ; elle prend son parti au sein de rapports de force. Un exemple parmi d’autres en est le débat récent autour de la politique monétaire de la Banque centrale européenne : alors que les épargnants allemands souhaitent des taux plus élevés, la faiblesse de la croissance et le niveau de chômage important, particulièrement dans les pays du sud de l’Europe et en France, appellent des taux nuls, voire négatifs. Laisser penser qu’il n’y a qu’une seule option, neutre parce que dictée par la science, c’est à la fois occulter un choix politique et prendre l’économie pour ce qu’elle n’est pas, à savoir une pensée unique et homogène.

Ce numéro se donne pour objectif d’offrir au lecteur un regard croisé sur cette question et ainsi de lui permettre de mieux cerner cette articulation complexe entre l’économie et le politique. C’est aller à rebours de l’idée selon laquelle les décisions politiques découleraient directement de mécanismes économiques trop complexes pour être comprises du citoyen.

Parallèlement, envisager les relations entre économie et politique c’est aussi se demander comment l’économie peut permettre de penser le système politique. Une branche récente de l’économie politique prend en effet pour objet le fonctionnement des institutions politiques elles-mêmes. À l’aide des outils de modélisation et du souci d’empirisme quantitatif qui caractérise la discipline, ce numéro fait le point sur ce que nous apprend l’économie sur le contrôle du personnel politique, les lobbies, la corruption et le clientélisme, les modes de décisions ou l’exclusion de certaines populations du processus démocratique.

Quel est l’effet des institutions politiques sur le fonctionnement du système, sachant qu’elles sont largement des produits de ce même système ? Comment comprendre le rôle des médias et de leur financement en démocratie ? Quels problèmes sont posés par la professionnalisation du monde politique ? Comment lutter contre la corruption ? Peut-on connaître des préférences politiques collectives ? Le maintien des politiques publiques dépend-il du soutien qu’elles trouvent dans certains groupes sociaux ?

Autant de questions auxquelles les chercheurs qui ont contribué à ce numéro se sont attachés à répondre avec pédagogie en montrant comment leurs recherches pouvaient éclairer le débat public. Puisse un point de vue informé sur ces sujets aider les citoyens que nous sommes, voire participer de l’amélioration d’un système politique plus que jamais perfectible.

Auteurs de l’éditorial : Flavien Ganter et Sébastien Grobon (RCE)

Sommaire du numéro

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