Regards croisés sur l’économie

Faut-il rembourser la dette publique ?

Enregistrement et compte-rendu de la soirée - débat sur la dette publique

dimanche 13 mars 2016, par La rédaction

Pourquoi sommes-nous si endettés ?

X. Ragot a ouvert le débat en soulignant le caractère inédit des niveaux de dette publique accumulés dans les économies développées aujourd’hui.Deux visions fournissent des interprétations concurrentes de cette tendance :

  • Elle est le fruit d’une irresponsabilité conjointe des gouvernements et des électeurs, de la cécité et l’immaturité des acteurs. La réponse politique à apporter est alors ordo-libérale : de là provient l’adoption des règles européennes en vigueur aujourd’hui, mêmes’il est parfaitement irréaliste de les appliquer.
  • La hausse de la dette publique est le résultat de chocs macroéconomiques successifs mal gérés politiquement. Dans les années 1990, la réunification allemandeet l’entrée dans la zone euro sesont faites au prix de la dette publique. En 2008, la hausse de la dette via les stabilisateurs automatiques et le financement de l’État à crédit était nécessaire, voire insuffisante. La vision ordo-libérale en Europe a empêché de gérer la crise que l’on connait actuellement.
  • Contrairement à X. Ragot, J. Sapir estime que l’accroissement de la dette dans les années 2000 n’est pas seulement dû à la crise. Entre 2000 et 2007, la dette a servi à maintenir la croissance à un niveau décent par rapport au passé : c’était une politique de relance sans crise. La crise venait en réalité des règles monétaires pesant sur l’économie française : de l’anticipation de l’euro jusqu’à son adoption. Sans déficit permanent depuis 1990, la croissance économique aurait été nettement inférieure. Entre 1999 et 2014, les pays anglo-saxons ont de fait beaucoup plus investi que la France et l’Allemagne, dont les niveaux d’investissement ont stagné voire régressé depuis.

La focalisation sur la dette publique a par ailleurs tendance à occulter la dette privée des ménages et des entreprises. De ce point de vue, la France est en fait un des pays les moins endettés d’Europe, et est d’ailleurs moins endettée que l’Allemagne. Aux États-Unis, l’endettement des ménages a été le moyen de maintenir leur consommation, leurs revenus ne suivant pas le rythme de croissance de l’économie. Cette mécanique a conduit à la crise financière de 2008.

Comment réduire la dette publique ?

X. Ragot insiste sur les effets redistributifs qu’aurait chaque décision : réduire la dette, c’est prendre de l’argent à quelqu’un. Un défaut estainsi équivalent à une taxe sur la richesse ciblée sur les détenteurs de la dette. La solution inflationniste revient à faire payer les consommateurs. La question de la détention de la dette se pose alors : la dette italienne est détenue par les riches italiens, alors qu’en France, elle est détenue en grande partie par des non-résidents.Quelle décision politique prendre alors ? Dans le casde la Grèce, X. Ragot est catégorique : il faut faire défaut. Mais dans le cas de la France, pourquoi faire défaut aujourd’hui ? La question est de savoir qui taxer pour la rembourser.

Il est important de rappeler que le ratio dette publique/PIB peut baisser mécaniquement. J. Sapir a rappelé ainsile rôle de l’inflation.La France n’a jamais payé sa dette qu’à travers la taxe inflationniste. En Russie, le taux de croissance du PIB nominalest bien plus important que le déficit, ce qui engendre une baisse du ratio dette/PIB. Le fait que nous soyons aujourd’hui dans une période de déflation change notre regard sur la dette, la déflation étant principalement due à l’ampleur du chômage. X. Ragot considère par ailleurs que la « répression financière » est une option politique à considérer, mais qui implique un fort transfert de richesse des épargnants vers les endettés. Il s’agit en pratique de moyens réglementaires pour taxer en termes de flux ceux qui détiennent la dette publique en abaissant le taux d’intérêt réel. Si ce taux devient inférieur au taux de croissance de l’économie, il n’y a plus de problème de dette publique : les recettes de l’État – qui croissent au même rythme que celui de l’économie – croitront plus rapidement que la dette publique. Ce débat a du mal à émerger du fait des populations vieillissantes en Europe, en particulier en Allemagne.

Quelles sont les principales questions soulevées par ce débat ?

Quel est l’avenir de la croissance économique ? Ces quarante dernières années, la croissance a toujours étésurestimée. Les tenants de la théorie de la stagnation séculaire (Robert Gordon, Larry Summers, Daniel Cohen) soutiennent qu’elle est vouée à disparaitre. X. Ragot pense que la croissance se manifestera plutôt sous d’autres formes et que le principal problème sera qu’elle ne génèrera pas de ressources fiscales. L’enjeu est alors de repenser l’assiette fiscale et la fiscalité des entreprises. J. Sapir doute de la stagnation séculaire même : le prix des matières premières est inférieur aujourd’hui à ce qu’il était dans les années 1950.
Faut-il sortir de la zone euro ?Pour J. Sapir, il le faut ne serait-ce que parce que la France et l’Allemagne ne peuvent avoir la même politique monétaire pour des raisons démographiques. L’enjeu du recouvrement de la souveraineté monétaire ne se limite pas à la simple possibilité retrouvée de dévaluer : il s’étend à la réorganisation du système financier dans son ensemble.

De fait, les excédents entre pays sont dommageables au même titre que les déficits, et les ajustements doivent se faire par le taux de change.Politiquement, il faudrait envisager soit un réel fédéralisme européen, soit une sortie de la zone euro. Or, selon Jacques Sapir, le fédéralisme est une impossibilité politique (sic) : l’Allemagne devrait payer 13% de son PIB pour subventionner les pays du Sud. Ainsi en l’absence de démocratie européenne, la démocratie passera par le fait de retrouver sa souveraineté.Au contraire, X. Ragot s’oppose à une éventuelle sortie de la zone euro.

L’outil monétaire est en réalité une taxation déguisée : la politique monétaire est une façon un peu honteuse de gérer les problèmes de répartition qui doivent être débattus au Parlement et réglés par l’impôt. Les coûts d’une éventuelle fuite des capitaux doivent également être précisément évalués. Si rentrer dans la zone euro fut une erreur, en sortir en serait une seconde.

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Crédits : Adam Barbe (Compte-rendu écrit) et Julien Bouvet (enregistrement audio).

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