Regards croisés sur l’économie

Comment lutter contre le chômage des jeunes en Italie ?

La réforme du marché du travail italien vue par Tito Boeri

jeudi 11 décembre 2014, par Antoine Imberti

Tito Boeri, professeur d’économie à l’université Bocconi de Milan, était l’invité de la Chaire de sécurisation des parcours professionnels, vendredi 5 décembre 2014. À l’occasion d’une conférence donnée au siège du journal Le Monde, l’économiste italien revenait sur la réforme en cours du marché du travail en Italie.

Les jeunes actifs ont, dans les pays du sud de la zone euro, davantage souffert de la crise économique de 2007-2009 que leurs aînés. Le taux de chômage a augmenté plus fortement pour cette catégorie d’actifs. En Italie par exemple, le taux de chômage des 15-24 ans est passé de 21,3 à 35,3 % entre 2008 et 2012, contre 5,6 à 8,9 % pour les actifs de 25 ans et plus. Dans le même temps, la faible couverture offerte aux jeunes par les systèmes de protection sociale méditerranéens a considérablement accru les situations de pauvreté. La hausse du taux de pauvreté (défini comme la proportion de ménages dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian) de 19,9 à 27,0 % observée en Italie entre 2006 et 2012 n’y est sans doute pas étrangère.

Selon Tito Boeri, cette situation de chômage élevé et de pauvreté accrue chez les jeunes provient en Italie pour partie de l’état dual du marché du travail et du faible taux de couverture de l’assurance chômage. De même qu’en France, le marché du travail italien se caractérise par la coexistence de deux types de contrats, les contrats à durée indéterminée d’une part, à durée déterminée d’autre part. Plus précisément, les contrats à durée indéterminée sont associés à un degré de protection d’autant plus élevé qu’il est possible pour les salariés victimes de licenciements abusifs (qualification proche de l’absence de cause réelle et sérieuse en France) de demander au juge la réintégration dans l’établissement avec effet rétroactif (en cas de réintégration, l’employeur doit verser au salarié les salaires qu’il aurait perçus s’il n’avait pas été licencié). Par ailleurs, les conditions d’éligibilité à l’assurance chômage sont relativement restrictives. Le droit à perception de l’allocation sociale pour l’emploi (Assegno Sociale per l’Impiego) n’est ouvert qu’aux salariés ayant cotisé au moins 52 semaines pendant les deux années précédant le début de la période chômage.

À cet égard, la réforme actuellement engagée par le gouvernement de Matteo Renzi paraît de nature à améliorer la situation des jeunes actifs italiens. Le 3 décembre 2014, le Sénat italien a définitivement adopté une loi d’habilitation permettant au gouvernement de réformer le marché du travail par ordonnances. La réforme prévoit notamment la création d’un contrat de travail unique en remplacement des contrats de travail existants. Alors que l’actuel contrat à durée indéterminée prévoit une indemnité forfaitaire en cas de licenciement abusif, le nouveau contrat de travail devrait être associé à une indemnité pour licenciement abusif proportionnelle à l’ancienneté du salarié dans l’établissement. La possibilité de réintégration d’un salarié en cas de licenciement devrait par ailleurs être supprimée, à l’exception de cas limités et précisément définis (par exemple, en cas de licenciement pour motif raciste, sexuel ou religieux). Enfin, l’ouverture des droits à l’assurance chômage devrait être abaissée à trois mois de cotisation pendant les quatre années précédant le début de la période de chômage.

Pour en savoir plus :

Werner Eichhorst, Tito Boeri, An De Coen, Vincenzo Galasso, Michael Kendzia, Nadia Steiber, 2013. “How to Combine the Entry of Young People in the Labour Market with the Retention of Older Workers ?”, IZA Discussion Papers 7829, Institute for the Study of Labor (IZA).

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